Delingier Leokadia
— Élève

23 février 1927, Pont-à-Mousson (Meurthe-et-Moselle), 4e année de gymnase 1943-1945 (a redoublé).
Wanda Delingier, appelée Lodzia dans sa famille, est née le 23 février 1927 à Pont-à-Mousson dans une famille d’origine polonaise. Son père, Wladislaw, né à Wieruszów, avait émigré très jeune en Allemagne avant de revenir en Pologne en 1920, après la Première Guerre mondiale, pour lutter contre les bolcheviks. Il épousa Marysia, elle aussi d’origine polonaise, en 1926. La famille s’installa ensuite à Pont-à-Mousson, où le père pratiqua la gymnastique au sein du mouvement Sokol. Son activité lui permit de rencontrer le directeur de la banque polonaise PKO à Metz, qui lui proposa un emploi. La famille partit alors vivre à Metz et aussi à Strasbourg.
À Metz, Wanda et son frère Jurek grandirent dans un environnement à la fois français et fortement polonais. Leurs parents tenaient à leur transmettre la langue et la culture polonaises : les enfants fréquentaient l’école polonaise, l’église Sainte-Ségolène et les scouts. Wanda allait parallèlement à l’école française. La famille vivait dans un milieu où la communauté polonaise était importante et où les liens avec les enseignants, les associations et l’Église occupaient une place centrale. En 1939, la guerre bouleversa cette vie. Le père partit au début de 1940 à Coëtquidan, espérant intégrer l’armée polonaise en formation, laissant sa femme avec les deux enfants.
L’expulsion de Metz
En septembre 1940, alors que son père était absent et que Jurek se trouvait chez son oncle à Blénod-lès-Pont-à-Mousson, Wanda, sa mère et plusieurs membres de la famille furent expulsés de leur appartement par les autorités allemandes. Ils eurent seulement deux heures pour préparer une petite valise et durent rejoindre la gare. Le train transportant les expulsés se dirigea vers la France libre. La mère de Wanda était particulièrement inquiète pour Jurek, resté dans l’est de la France. Un capitaine français lui donna l’idée de noter l’adresse de son fils sur un papier lancé en gare de Pont-à-Mousson. Le chef de gare était sur le quai et mit le pied sur ce papier.
À Lyon, la famille fut d’abord installée dans de très mauvaises conditions, puis envoyée à Roanne. Refusant de rester dans ces hébergements précaires, la mère retourna au consulat polonais de Lyon. Elle y apprit que son mari se trouvait à Toulouse et qu’il la cherchait. La famille prit alors la direction de Toulouse. Pendant ce temps, Jurek était resté dans l’est de la France. Grâce aux relations de son père avec les autorités polonaises de Londres, le père Stolarek, fut parachuté pour le récupérer. Il traversa avec lui la frontière entre les deux zones françaises et ramena Jurek à Toulouse auprès de sa mère.
Les retrouvailles à Toulouse
À Toulouse, la famille fut réunie autour du père et de l’oncle maternel de Wanda. Le consulat polonais leur procura un logement assez vaste, qui servait également de bureau à l’Association des Polonais en exil. La mère de Wanda s’occupa du bureau, tandis que son père travailla pour les structures polonaises et, notamment, pour la Croix-Rouge. Le logement devint également un lieu de passage pour de nombreux Polonais. Des personnes engagées dans des activités clandestines y furent hébergées et aidées avant de rejoindre l’Espagne. Wanda, encore adolescente, ne comprenait pas entièrement ces activités, mais elle se souvenait que certaines personnes étaient cachées dans l’appartement et que sa mère leur fournissait nourriture et vêtements. La situation de la famille changea ensuite avec le départ des enfants pour le lycée polonais de Villard-de-Lans. Jurek y entra en 1942 et convainquit ses parents d’y envoyer également Wanda. Celle-ci partit en 1943, mais fut installée à Lans, où se trouvaient les filles, tandis que les garçons étaient à Villard.
La vie à Villard-de-Lans
À Lans, Wanda découvrit une vie scolaire très différente de celle qu’elle avait connue auparavant. Elle avait des difficultés en polonais, car elle avait surtout été scolarisée en français. Les enseignements de littérature et d’histoire polonaises, ainsi que le latin, lui demandaient de grands efforts. Son frère Jurek l’encourageait cependant à persévérer. Elle vivait dans un petit hôtel, où elle appréciait particulièrement le jardin et le calme qui lui permettaient de lire et d’étudier.
En 1944, la guerre rattrapa directement le lycée. Jurek, âgé de dix-neuf ans, décida de ne pas rentrer à Toulouse pendant les vacances d’été et voulut participer aux combats. Il fut tué le 21 juillet 1944 par les Allemands à Vassieux, dans le Vercors. Wanda apprit sa mort alors qu’elle se trouvait à Lyon, après avoir quitté Lans à la fin précipitée de l’année scolaire. Avec sa tante engagée elle aussi dans la Résistance, elle se rendit ensuite à Villard dans une voiture des FFI, mais arriva le lendemain de l’enterrement. La mort de Jurek fut un traumatisme durable pour toute la famille, en particulier pour leur mère.
Après la guerre, la famille retourna à Metz, mais retrouva un appartement vidé et détruit. Le père et les oncles avaient également été déportés. La famille avait donc perdu son logement, une partie de ses proches et Jurek. Grâce notamment à l’aide de la Croix-Rouge polonaise et au financement du lycée par le gouvernement polonais de Londres, Wanda put poursuivre ses études. Elle fut naturalisée française en 1949.
La vie à Paris
Après Villard, Wanda s’installa progressivement dans la vie française et se rendit souvent à Paris, où elle retrouvait d’anciens élèves et la communauté polonaise. Elle y fréquenta le lycée polonais rue Lamandé et chercha à poursuivre ses études tout en travaillant pour subvenir à ses besoins. Elle connut une période difficile : elle vivait dans des chambres de bonne, fabriquait des enveloppes ou tricotait pour gagner de l’argent, et son premier mari ne l’aidait guère. Elle eut un fils, mais son mariage se révéla rapidement malheureux. Découvrant les infidélités et les activités cachées de son mari, elle demanda le divorce, qu’elle obtint en quelques mois. Elle choisit alors de ne rien réclamer et de reconstruire seule sa vie avec son fils.
Wanda conserva néanmoins une forte volonté de réussir. Après une courte expérience comme enseignante, elle chercha une nouvelle orientation professionnelle. Un jour, près de l’église polonaise de Paris, elle remarqua l’École Scientifique de Beauté, école privée. Malgré le coût élevé de la formation, elle réussit à réunir l’argent nécessaire, s’y inscrivit et obtint une nouvelle profession. Cette formation marqua le début d’une carrière dans laquelle elle réussit progressivement à se faire une place. Elle travailla ensuite pour de grandes entreprises et mena une carrière internationale, notamment grâce à sa connaissance de plusieurs langues.
Elle mourut à Antibes le 1er août 2018.

Wanda reçoit le Prix international d'esthétique Judith Muller.
